Ergonomie et la qualité de la vie au travail

« Les conditions dans lesquelles les salariés exercent leur travail et la capacité à s’exprimer et à agir sur le contenu de celui-ci détermine la perception de la qualité de vie au travail qui en résulte »

– Accord national interprofessionnel (ANI) du 19 juin 2013 — Vers une politique d’amélioration de la qualité de vie au travail et de l’égalité professionnelle

La qualité de la vie au travail désigne et regroupe toutes les actions qui permettent de concilier à la fois l’amélioration des conditions de travail pour les salariés et la performance globale des entreprises.

Sur le diagramme ci-dessous, l’ergonomie contribue, à travers la conception et la transformation des situations de travail, à la santé au travail donc à la qualité de vie au travail. Sur cette branche verte sont associées tous les disciplines comme médecine du travail, ergonomie, physiologie, toxicologie, sociologie, gestion, anthropologie qui œuvrent en matière de santé au travail et/ou de la gestion des risques pour la fiabilité et la sécurité des systèmes. L’ergonomie articule les deux types d’exigences qui concernent la santé et la sécurité.

Et elle contribue, par l’analyse de l’activité terrain auprès des opérateurs et des utilisateurs, à l’ensemble des pistes d’action pour la qualité de vie au travail.

Ergonomie-Ergonea-1.pngComment ? Voici quatre exemples de nos missions qui démontrent comment les données terrain recueillies et analysées par un ergonome peuvent influer sur d’autres facteurs de la qualité de vie au travail.

FORMATION

Lors d’une observation d’une équipe en réunion à distance, nous constatons des difficultés d’utilisation du matériel sophistiqué mis en place pour la téléconférence. Pourquoi ? Parce que l’installation n’a été suivie d’aucune formation et l’utilisation relève de la débrouille des collaborateurs.

PRODUCTIVITÉ

Dans un centre de distribution, la logique du picking (le prélèvement des produits pour constituer une commande) induit des déplacements XYZ dans l’espace qui n’apportent aucun bénéfice sur le point de la productivité ni de la santé.

CONFIANCE

Dans un domaine verrier, nous avons organisé un atelier sur l’organisation en collaboration autour d’une machine. Les idées des participants constituaient tous des facteurs de confiance : le marteau de qualité, la formation des intérimaires, le debrief matinal ou l’optimisation des chariots qui participent tous au renforcement de la confiance inter-équipe. Également la confiance avec la hiérarchie qui influe sur l’organisation de travail, la collaboration, la sécurité et donc à la productivité.

TÉLÉTRAVAIL

Dans un projet d’aménagement dans le tertiaire, le télétravail était proposé aux collaborateurs à plus grande échelle. Notre cabinet d’ergonomie était appelé à participer à la conception des espaces de travail pour les sédentaires, mais nous avons su attirer l’attention des décideurs vers la population des nomades et leurs besoins en terme d’accueil, réguliers ou non, dans les espaces de travail, dans la communication à distance, l’évaluation des performances, le maintien du lien social et le sentiment d’appartenance qui sont importants dans la qualité de vie au travail, dans la prévention des RPS.

Si la qualité de vie au travail est inscrite dans la stratégie de l’entreprise, dans la politique RSE, il serait judicieux de se pencher sur les rapports en ergonomie, en donnant la parole aux collaborateurs dans un climat de confiance, les mettre en situation d’acteurs pour trouver et appliquer les pistes d’actions pour une bonne qualité de vie au travail.

La friction entre les espaces individuels et collectifs

Lors de nos missions d’ergonomie en aménagement, nous constatons le paradoxe entre une envie d’espaces de travail plus agiles, plus collaboratifs, communicants, ouverts et un besoin de concentration, d’un espace confidentiel, délimité par rapport à autrui, des postes de travail avec un traitement acoustique. Les fabricants du mobilier de bureau proposent donc des mini-forteresses.

La crainte est réelle d’une promiscuité dans les espaces ouverts/partagés où les conversations des uns et des autres sont subies par les voisins à proximité.

Le contenu de l’article de HBR France donne raison à ceux qui demandent les mini-forteresses car « l’être humain est physiologiquement conçu pour être distrait : à l’époque où son environnement était plus hostile, il lui fallait en effet être attentif au mouvement, au bruit, pour repérer un éventuel prédateur. Il n’est donc pas naturellement fait pour la concentration. C’est d’ailleurs pour cela qu’il la perd si facilement. »

Mais comme l’auteur pointe dans la conclusion, tant que le Français reste attaché à son bureau individuel attribué, la diversification des espaces de travail ne peut pas s’opérer.
Le concept de l’environnement dynamique (pas de place attribuée) n’est pas plébiscité, ni par les entreprises françaises, ni par les collaborateurs, alors qu’il porte la promesse d’un choix : « je travaille où je veux, quand je veux, avec qui je veux. »

Est-ce en lien avec les constats de Thomas Coutrot (1999) d’une « autonomie contrôlée » et d’une « coopération forcée » ou d’un manque d’autonomie des collaborateurs dans les entreprises françaises pointées dans les enquêtes d’EUROFOUND, Dares ?

L’attachement au bureau individuel est-il lié à une forme de reconnaissance, au besoin d’intimité, au signe d’attachement physique et affectif à l’entreprise ? … Même les jeunes, futurs managers, interrogés lors de l’enquête « Mon bureau de demain » par ESSEC (2013), préfèrent les bureaux dans un espace fermé et partagé, tout en plébiscitant les bureaux type start-up californienne et les espaces collectifs.

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Sur différents projets concernant l’aménagement des espaces tertiaires, nous constatons des orientations et des tendances :

  • les espaces se réduisent (choix économique), ils « s’ouvrent », et des benches 4 ou 6 sont installés
  • Les cloisonnettes entre les postes de travail montent de plus en plus haut
  • les boxes collaboratifs pointent le nez timidement (faute d’espace), malgré de forts encouragements : La norme NF S31-119, de juillet 2015, sur les performances acoustiques des espaces ouverts de bureaux, nous indique 1 à 3 salles de repli pour 15 postes en fonction de l’activité
  • les salles de réunions prévues pour plus de 10 collaborateurs sont toujours privilégiées au lieu des boxes
  • les espaces de convivialité se développent avec un soin apporté au confort, au design, à l’esthétique, mais avec peu de références faites à la marque de l’entreprise
  • les collaborateurs peuvent être fortement encouragés à « faire du home-office » (télétravail) mais ils restent attachés, non seulement au bureau individuel, mais « à venir au bureau » (où parfois « avoir un poste de travail’ est assimilé à « avoir du travail »)
  • les espaces de créativité pour les « design thinkers », les fab lab pour les « design makers » apparaissent plutôt dans les entreprises high-tech

La tension entre l’individuel et le collectif est palpable. L’enquête de JLL & CSA (2015) sur la performance des collaborateurs et l’environnement de travail confirme que « la bonne articulation entre individuel (capacité à s’isoler) et collectif (sentiment de communauté) correspond à une attente majeure des salariés encore insuffisamment satisfaite ».

Comment la traiter ? Comment trouver une solution adaptée à chaque entreprise pour offrir d’excellentes conditions de travail ?

Dans l’état actuel, en tant qu’ergonomes devons-nous encourager la concentration individuelle (qui somme toute, est en adéquation avec l’évaluation individuelle des objectifs) en investissant dans les mini-forteresses et le traitement acoustique, le développement des zones de collaboration en périphérie avec une séparation des espaces en 3C : Concentration, Collaboration formelle & informelle, Convivialité ?

Ou/et influer auprès du management sur la remise en question de l’organisation du travail, des outils, pour rendre les collaborateurs réellement autonomes, mobiles, participatifs, impliqués dans la communauté, le collectif, dans la définition du travail, l’organisation et la gouvernance ?

Les aménagements d’espaces de travail et les outils à disposition doivent constituer des supports facilitant le travail des collaborateurs de l’entreprise, mais la définition des modes de travail et leur caractérisation selon les métiers doivent être réalisées au préalable, en amont, avec l’ensemble du management.

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